Soyez humains, communiquez !
par Ploum le 2026-09-14
Pourquoi le moindre humain écrira toujours mieux que le chatbot le plus perfectionné.
Dans ma vie, j’ai écrit plusieurs millions de mots, sur des myriades de sujets et pour des dizaines ou des centaines d’audiences différentes. Rien que ce blog en fait 250.000. J’estime également en lire plusieurs millions chaque année.
Bref, j’ai une relation profonde et intime avec l’écriture et la lecture. C’est ma passion, mon métier et même une manière de vivre. Je suis capable, en me concentrant, de lire particulièrement vite. À une époque, je pouvais lire "photographiquement". De même, j’ai l’écriture très facile. Lancez-moi sur un sujet et je peux discourir pendant des pages et des pages sans effort.
À celleux qui me demandent comment écrire, je n’ai qu’un conseil : réduisez la friction entre votre cerveau et les mots en apprenant la dactylo (mes passages au Bépo puis à Ergol ont été des étapes incroyables dans mon processus d’écriture). Pour le reste, il suffit de prendre goût au fait d’écrire.
Écrire c’est très facile si on accepte de se laisser aller, si on prend confiance en soi.
Essayez, vous verrez !
La concision fait la qualité de l’écriture
Bien écrire, c’est évidemment beaucoup plus difficile, en tout cas pour moi. Mais l’essence de « bien écrire » est très simple. Il faut que chaque mot ait une utilité.
Bien écrire, ce n’est pas écrire beaucoup. Au contraire ! Bien écrire, c’est couper, supprimer pour aller à l’essentiel. Chaque mot doit être une manière d’amener subtilement votre idée, votre émotion, votre raison d’écrire à se clarifier dans votre cerveau et dans celui du lecteur. L’écriture est une forme de télépathie. La qualité de l’écriture est la mise au point, la netteté.
C’est la raison pour laquelle les textes générés par chatbots/IA/pouetpouetGPT me sont insupportables. Ils sont creux, longs, verbeux.
Même les résumés automatiques sont une catastrophe. Ils trahissent le cheminement de l’auteur, ils se trompent régulièrement sur les points subtils, mais cruciaux et, comble de la bêtise, ils sont souvent plus longs que le texte original qu’ils sont censés résumer. Un résumé ou un surlignage est intrinsèquement personnel. Il doit vous permettre de vous rappeler votre expérience de lecture.
Et ce n’est pas une question de qualité du modèle. Non PouetPouetGPT 42.3 n’est pas révolutionnaire ! Il ne peut pas l’être.
Parce qu’il ne peut pas inventer l’information. Il ne fait que diluer le prompt que vous lui donnez, le mettre en forme selon ses standards, l’agglomérer à des milliards de statistiques. Mais il ne peut pas lire dans vos pensées et deviner ce que vous voulez me dire.
Le message utile sera toujours plus court que le prompt pour l’obtenir
Si vous demandez à PouetPouetGPT d’envoyer un mail à Ploum pour savoir comment il va, la seule information valable, la seule écriture qualitative est:
Salut, Ploum, comment ça va ?
Tout le reste n’est que du bruit. De la mauvaise écriture (et je m’y connais en mauvaise écriture). C’est juste que la mise en page, l’orthographe, le respect de certains styles peuvent donner l’apparence que c’est « bien écrit ». Ça ne l’est pas. Ça ne le sera jamais parce que « bien écrire » c’est avant tout « bien communiquer ». Et rajouter du bruit ne permet pas de bien communiquer.
L’équation est simple : un message bien écrit sera toujours plus court que le prompt équivalent. Les agents d’aide à l’écriture exploitent le manque de confiance. « J’écris mal, je vais demander à l’IA ». L’apparence du résultat fera encore plus baisser l’estime de l’auteur qui, pour couronner le tout, pratiquera de moins en moins l’écriture et sera de moins en moins au clair avec ses propres idées.
Imaginez une conversation téléphonique. Le réseau est mauvais. On vous entend mal. Vous décidez alors de mettre de la musique à fond en arrière-plan parce que la musique est jolie. Avez-vous amélioré votre capacité à communiquer ?
Et, surtout, pensez-vous que c’est respectueux de votre interlocuteur ?
Lorsque l’écriture n’est plus le fruit d’un effort intellectuel
Jusqu’il y a peu, lorsque je tombais sur un billet de blog, lorsque je recevais un email, je partais du principe qu’un humain avait fait l’effort de l’écrire. Je faisais donc l’effort de le lire, au moins rapidement. J’abordais tout texte avec cette question en tête : « Qu’est-ce que l’auteur essaye de me dire ? »
Ce n’est aujourd’hui plus le cas. Je dois traiter chaque email, chaque site web inconnu comme étant potentiellement généré et n’ayant demandé aucun effort humain. Dans le doute, je vais désormais m’abstenir de lire et de répondre. Après tout, si vous n’avez pas pris le temps de l’écrire, je prends comme une insulte que vous pensiez que je puisse prendre le temps de lire.
Bien entendu, je n’ai pas de détecteur IA parfait. Je me fie à mon instinct. Mais, comme je l’ai dit en introduction, celui-ci est particulièrement développé pour l’écrit. Un message qui porte une énorme attention au style, à l’orthographe, qui est long, mais qui est particulièrement pauvre en information est soit généré, soit écrit par quelqu’un qui fait du remplissage et ne vaut guère mieux (typiquement, un marketeux).
Mon expérience de prof joue aussi peut-être : les textes générés ressemblent de manière frappante aux examens que je fais passer à des étudiants qui ont beaucoup de charisme, mais qui n’ont rien compris. Ils brodent, tournent autour du pot, tentent de camoufler leur ignorance avec une assurance déconcertante. Mais aucun prof ne s’y trompe : l’étudiant sera recalé ! Et encore plus sévèrement que l’étudiant qui avoue son ignorance de manière transparente.
Un humain qui écrit très peu et a du mal à structurer ses idées ne fera pas autant d’efforts pour faire "de belles phrases" bien creuses. Ça n’a aucun sens ! Au contraire, les personnes les moins à l’aise avec l’écriture ont tendance, malgré leurs maladresses de style bien excusables, à donner beaucoup d’informations, à avoir envie d’exprimer des choses.
Et, oui, vous pourriez certainement générer un message qui me tromperait. C’est peut-être déjà arrivé. Mais, pour être sûr de votre coup, générer le prompt vous demandera sans doute beaucoup plus de travail que d’écrire le message directement. Ce qui est fondamentalement stupide, non ? Quelle est la finalité de tout ça ? À un certain point, votre grossièreté devient de la malveillance.
De nos belles et humaines maladresses
La maladroite phrase d’une personne à peine lettrée aura toujours plus de valeur, sera toujours une meilleure manière de communiquer que l’apparence formelle d’un message généré. Et même le modèle PouetPouetGPT le plus parfait au monde ne pourra jamais rien y changer.
Si vous pensez que la version 42.3 s’est justement grandement améliorée, que je devrais tester, c’est juste que vous vous êtes habitué à l’outil, que vous cédez à la normalisation, que vous avez atteint votre propre seuil d’incompétence. Que vous n’avez pas compris à quoi servent l’écriture et la lecture. Que vous êtes en train de perdre votre confiance en vous et votre capacité à écrire.
Alors, par pitié, continuez de penser, d’écrire. Ne déléguez pas votre libre arbitre. Et si vous voulez communiquer avec moi, acceptez vos maladresses, vos fautes et votre humanité. Un simple correcteur orthographique peut aider à améliorer la lisibilité et votre confiance en vous. Mais ce n’est pas nécessaire lorsqu’on communique informellement entre humains.
Respectez votre correspondant : soyez humain !
À propos de l’auteur :
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
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